Étiqueté : littérature

Présentation, lecture, débat autour du livre »Miracle de Jean Genet »

Inclassable et dérangeant, Miracle de Jean Genet n’est pas un ovni. C’est une exégèse sans les murs, sans l’académisme universitaire habituel. C’est un long poème écrit par une captive amoureuse aussi déjantée qu’érudite ; c’est une bombe littéraire sans retardement, tout comme on a parlé de la « bombe Genet » (Jean Cocteau) au sujet de l’auteur de Miracle de la rose. Le Miracle de Jean Genet, c’est celui de la poésie qui pulvérise tous les paradigmes éculés, fait voler en éclats les flicages quels qu’ils soient, y compris ceux de la pensée.

Entre un néant et un autre

Ratcharge (2004-2014) était un fanzine qui disséquait le quotidien avec le même acharnement que la musique. Au fil de ses trente-quatre numéros, il a montré ce que pouvait être la littérature punk : pas de nostalgie, une démarche autonome de A à Z et des récits directement tirés du vécu, couchés sur le papier comme trois accords plaqués dans un fracas de larsens. Errances urbaines, squats, dérives sous acide, apnées salariales, guerre contre l’ennui : une littérature brute, héritière bâtarde de la contreculture américaine et du vide existentiel de la banlieue parisienne.

Sandokan

Premier roman à déchi­rer le voile d’indif­fé­rence et d’omertà qui couvre le crime orga­nisé du sud de l’Italie, Sandokan confirme le cou­rage avec lequel Nanni Balestrini fait de la lit­té­ra­ture un puis­sant ins­tru­ment d’explo­ra­tion de la réa­lité et de dénon­cia­tion. Deux ans avant le célè­bre Gomorra de Roberto Saviano, ce roman de Balestrini met à jour les liens pro­fonds entre la Camorra et les milieux poli­ti­ques, entre l’économie sou­ter­raine et l’économie offi­cielle et montre com­ment les rami­fi­ca­tions inter­na­tio­na­les de la Camorra s’étendent de la ges­tion agri­cole à la drogue, du com­merce des armes à celui des déchets. Un sys­tème gou­verné uni­que­ment par la logi­que du profit, dans des vil­la­ges-bun­kers meur­tris par la vio­lence quo­ti­dienne, les crimes impu­nis, la lutte san­glante entre bandes, que l’on décou­vre par le flux de paro­les irré­pres­si­ble et lucide qui jaillit de l’expé­rience vécue d’un jeune méri­dio­nal ayant refusé toute accoin­tance avec ces milieux.

Laissez parler les pierres

Valdemar, fils unique, grandit entre son père féru ­d’histoire et sa mère reporter, quand son grand-père vient vivre avec eux. Couvert de cicatrices, sourd, privé de plusieurs doigts, cet homme n’est pas tendre. Mais l’envie est la plus forte : il commence à raconter des histoires à son petit-fils… Et nous basculons dès lors dans le Portugal des années 1960. La ­Révolution gronde contre la dictature toute-puissante ; Nicolau Manuel se marie dans quelques heures : tout à son bonheur, il ne comprend pas pourquoi il est arrêté, accusé d’être un communiste complotant contre ­Salazar. Jeté en prison, jamais il ne reverra Graça, sa fiancée.

Bajass

« Amérique. Le mot était sur toutes les lèvres.
De la gueule écumante des hommes ivres, il sortait en titubant dans le noir. Tout en haut dans le fumoir, il circulait de table en table comme un paquet d’actions, prenant l’accent des hommes du monde. Mais tout en bas, dans le ventre du navire, on le trouvait gravé, puis rageusement barré au charbon sur des murs dont la peinture s’écaillait, craché, noir et amer entre les mains calleuses qui l’envoyaient par pelletées dans les trouées de feu, parce que dans l’obscurité de la cale, le sens du voyage importait peu. »

Je ne parle pas la langue de mon père

Je ne parle pas la langue de mon père et L’arabe comme un chant secret sont deux récits qui se répondent et donnent la clé de l’œuvre de Leïla Sebbar.
Ils témoignent de son obstination d’écrivain face à cette question pour elle lancinante, depuis l’Algérie coloniale où elle est née d’un père algérien et d’une mère française, jusqu’à Paris où elle écrit son père dans la langue de sa mère : comment vivre séparée du roman familial de « l’étranger bien-aimé » qui, par son silence, l’a tenue à distance ?
Cette question que l’exil exacerbe, peu l’ont explorée avec autant d’acuité que Leïla Sebbar dans ces récits devenus des classiques, ici réédités avec des textes d’écrivains et universitaires, des aquarelles de Sébastien Pignon et des images de sa mythologie affective.