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Nouveaux fragments épars pour un anarchisme sans dogmes

Les premiers Fragments épars pour un anarchisme sans dogmes sont parus il y a sept ans. Les deux livres diffèrent l’un de l’autre : le premier recueillait des textes dispersés sur près d’un demi-siècle, les Nouveaux fragments ne contemplent que ceux écrits dans les cinq dernières années ; le premier ouvrage adoptait une présentation chronologique, le second est agencé thématiquement. Mais la volonté d’aiguiser la force critique de la pensée anarchiste et la conviction que sa vitalité l’autorise à se maintenir ouverte aux quatre vents sont communes aux deux livres.

Au delà de la rareté

Dans ce recueil de textes pionniers (1965-70) qui ont fait sa renommée, Murray Bookchin conjugue sa vision anarchiste et écologiste avec les possibilités prometteuses d’une société d’abondance. Une abondance envisagée non pas sous la forme d’un accès illimité à des biens de consommation pléthoriques, mais bien une par laquelle l’être humain a amplement les moyens de satisfaire ses besoins fondamentaux pour se consacrer à l’assouvissement de ses désirs réels. 

S’attelant à esquisser les contours d’une telle société, Bookchin appelle à dépasser l’économie politique marxiste, enracinée dans une ère de pénurie matérielle et soumise aux logiques de la rareté économique. Si les avancées technologiques du XXe siècle ont grandement accru la production, cela s’est fait au profit d’intérêts corporatifs et aux dépens des besoins humains et de la soutenabilité écologique. Et si l’émancipation pouvait jadis sembler passer par un certain productivisme sous l’égide de structures autoritaires, aujourd’hui les outils nécessaires à une auto-organisation de la société ont largement été développés et, combinés avec la perspective écologique, ils ont grandement modifié le paysage révolutionnaire. Les sociétés postindustrielles ont en effet le potentiel de se muer en des sociétés d’abondance favorisant l’accomplissement des potentialités sociales et culturelles latentes dans les écotechnologies. Avant-gardiste, Bookchin défendait en ce sens les énergies renouvelables et des institutions décentralisées. 

Terre libre – Les pionniers

S’il ne jouit certes pas de la réputation d’une Louise Michel, Jean Grave (Le Breuil-sur-Couze, Puy-de-Dôme, 1854 – Vienne-en-Val, Loiret, 1939) n’en fut pas moins une des grandes figures de l’anarchisme français de la fin du XIX ème et du début du suivant, principalement par sa participation active à la vie de l’hebdomadaire Les Temps nouveaux et la rédaction de plusieurs essais théoriques, dont La société mourante et l’anarchie ou L’Anarchie. Son but. Ses moyens. Écrit en 1904, le récit Terre libre parut aux éditions des Temps nouveaux en 1908. C’est le second ouvrage écrit par Jean Grave pour la jeunesse, après Les Aventures de Nono, publié en 1901. Le type de récit choisi par lui relève de ce que Marx baptisa du nom de « robinsonnade », en référence au livre fondateur de Daniel Defoe. Le vaisseau qui fait ici naufrage, l’Aréthuse, faisait route vers la Nouvelle-Calédonie, avec à son bord des hommes, des femmes et des enfants en grande partie condamnés pour désobéissance à l’autorité patronale et policière. L’arrivée des naufragés sur une terre « libre » de toutes traditions et coutumes va offrir à Jean Grave la possibilité de créer une société nouvelle avec de nouvelles règles. Cependant, la force et l’actualité du récit viennent essentiellement du refus du manichéisme et de la simplicité des choix qui s’imposent aux habitants de la « terre libre », les « Terrelibériens ». En effet, pour vivre, ils devront répondre à toute une série de choix qui s’imposent à eux : comment survivre en cultivant des terres, comment instaurer une société sans règles coercitives et sans lois arbitraires, comment respecter la nature et son environnement, comment permettre à chacun de vivre selon ses convictions ? Cependant, Jean Grave ne propose ni une utopie ni un modèle. Le plus important pour lui est de montrer que cette société ne sera que ce que voudront en faire les Terrelibériens. La force du roman est dans ce possible, cette force de la volonté de l’individu pour s’extraire de ces présupposés afin de créer, s’il le veut, une nouvelle société.

François Salsou

François Salsou est un anarchiste oublié. Ceux qui ont ententu son nom ne le connaissent que pour un attentat contre le Shah d’Iran. L’auteur a voulu en savoir plus…

Proudhon, les années politiques

Les trois ouvrages reproduits ici – À travers une révolution, par A. Darimon (1884), La Propriété c’est le vol, vaudeville de Claiville (1848) et Proudhon devant l’Assemblée nationale, par Junius (1848) – traitent des cinq années où Proudhon a sincèrement cru qu’une action politique pouvait, si ce n’est faire œuvre révolutionnaire, tout au moins changer en profondeur l’organisation économique et sociale. Il faut dire que le peuple venait de mettre en fuite Louis-Philippe et qu’après près de cinquante années d’Empire et de royauté, la République était à nouveau proclamée. Nous sommes donc dans une période bien particulière de l’histoire.

La grande révolution 1789 – 1793

Dans cet ouvrage paru en 1910, Pierre Kropotkine livre sa lecture de la Révolution française de 1789-1793. Analysant les ressorts des évènements, il dévoile le rôle réellement révolutionnaire du peuple, tandis qu’il décrypte les ambiguïtés, les lâchetés et la grande peur des bourgeois et des intellectuels face aux soulèvements populaires et à leurs idées communistes.