Étiqueté : histoire sociale

Présentation du livre « Faire front » avec Laurent Lévy

Introduction de Laurent Lévy

Le 12 février 1934, une foule immense descend le cours de Vincennes en direction de la place de la Nation, drapeaux rouges déployés au milieu d’une clameur unanime : « À bas le fascisme ! » C’est le point d’orgue de la formidable réplique ouvrière au coup de force des ligues d’extrême droite du 6 février qui fit vaciller la IIIeRépublique. Marc Bernard, jeune « écrivain prolétarien », est témoin de ces événements. Rassemblant coupures de presse, tracts et témoignages, il décrit avec enthousiasme le déroulement de ces journées de grèves et de manifestations à Paris, dans la ceinture rouge et les grandes villes industrielles. Communiste de cœur plus que d’appareil, il y perçoit surtout l’élan unitaire spontané des ouvriers et leur détermination dans le combat antifasciste qui annoncent l’effervescence du Front Populaire.

Le radeau démocratique

Sophie Wahnich plaide, écrit et agit pour une autre conception de l’histoire, qui, comme elle le dit dans ce livre, « à la manière de Walter Benjamin, fait du passé une catégorie du temps contemporaine du présent. Les périodes du passé, selon cette conception, sont alors des laboratoires à revisiter à la manière de l’anachronisme contrôlé de Nicole Loraux. Revenir vers le présent lesté des questions que se posaient les Athéniens ou les révolutionnaires français, pour voir comment elles peuvent résonner avec nos questions. »

Histoire de la révolte en Catalogne

Loin d’être des spasmes irrationnels d’une masse infantilisée et manipulée par le clergé, les luttes paysannes que retrace cette « Histoire de la révolte en Catalogne » indiquent une autre voie de développement, à l’encontre de celle qu’a imposée la bourgeoisie sur la base de l’idée de progrès. Leur triomphe nous aurait épargné toutes les horreurs de l’accumulation primitive du capital, de l’urbanisation et de l’industrialisation. L’auteur rejette donc les visions étatistes et militaristes mythifiées pour rendre hommage aux traditions communautaires et à l’insoumission multiforme des paysans et artisans catalans : tout futur projet émancipateur y trouvera une source d’inspiration.

Voyage en terre d’espoir

Ce voyage est une invitation à se promener sur le continent des obscurs. À partir à la recherche de celles et ceux dont le souvenir est effacé par les puissants et les dominants, qui réquisitionnent l’Histoire à leur profit. Bref, à aller à la rencontre de tous ces militant-e-s de l’égalité sans lesquels nos idéaux démocratiques et sociaux n’auraient jamais vu le jour. Or seul le Maitron, cet immense dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social, avec ses milliers de héros inconnus ou méconnus, donne librement accès à ces territoires oubliés, sur une longue durée qui va de 1789 à 1968.

Les luttes et les rêves

1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.

Présentation du livre de Simone Weil: »Grèves et joie pure »

En mai-juin 1936, une vague de grèves spontanées éclate en France, juste après la victoire électorale du Front populaire. Elle atteint son apogée le 11 juin avec près de deux millions de grévistes dans la plupart des secteurs de l’industrie, mais aussi dans les bureaux et les grands magasins. La revue syndicaliste La Révolution prolétarienne publie alors, sous pseudonyme, un article devenu célèbre de Simone Weil qui donne tout à la fois une description accablante de la condition ouvrière dans la métallurgie – le secteur le plus en pointe dans le conflit – et un éclairage inégalé sur la nature et le climat de ces grèves en soulignant leur caractère inédit : les occupations d’usines. 
Dans les semaines qui suivent, Simone Weil continue à commenter l’actualité sociale, en pointant, dès le mois de juillet, le rôle du gouvernement dans le recul des grèves et en proposant une revendication pérenne pour s’y opposer : le contrôle ouvrier. 
En reprenant trois articles rédigés in situ, il s’agit non seulement de mettre en avant la lucidité et le génie d’une philosophe qui n’hésita pas à se faire ouvrière pour comprendre, de l’intérieur, une condition sur laquelle intellectuels et révolutionnaires dissertent sans la vivre, mais de rappeler que la grandeur et l’importance des combats ouvriers résident avant tout dans l’invention de nouveaux moyens de lutte pour combattre l’aliénation et l’exploitation.