Étiqueté : féminisme

Présentation du livre : « l’envers de Flins »

Le 3 mai 1972, Fabienne Lauret est embauchée à l’atelier couture de Renault-Flins. Issue de la génération de Mai 68, membre du groupe Révolution !, elle est une établie, comme on appelle ces jeunes militant·es qui entraient en usine pour changer le monde. Elle y restera plus de trente-six ans.
Loin des clichés habituels, elle nous raconte la condition ouvrière moderne, la souffrance au travail, l’exploitation quotidienne.
Féministe, elle est plus particulièrement sensible à la condition des ouvrières et au sexisme dont elles sont victimes, tant de la part de leurs collègues ouvriers que de la direction patronale. La bataille qu’elle mène avec détermination est longue, rude et exige une infinie patience.
Militante CFDT, puis déléguée syndicale, elle anime ses premières grèves. Indissociables de son parcours professionnel, ses activités syndicales nous plongent au cœur des fortes luttes sociales qui ont secoué l’usine de Flins.
Élue au comité d’entreprise, puis salariée de celui-ci, elle participe au développement d’une autre conception de cette institution sociale, qui heurte les conservatismes de la direction syndicale qui succède à la CFDT et qui utilise contre elle les méthodes patronales les plus éculées.

Le ventre des femmes

Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine.
Comment expliquer de telles disparités ?
Partant du cas emblématique de La Réunion où, en juin 1970, des milliers d’avortements et de stérilisations sans consentement pratiqués par des médecins blancs sont rendus publics, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l’État français prône le contrôle des naissances et l’organisation de l’émigration ; une politique qui le conduit à reconfigurer à plusieurs reprises l’espace de la République, provoquant un repli progressif sur l’Hexagone au détriment des outre-mer, où les abus se multiplient.
Françoise Vergès s’interroge sur les causes et les conséquences de ces reconfigurations et sur la marginalisation de la question raciale et coloniale par les mouvements féministes actifs en métropole, en particulier le MLF. En s’appuyant sur les notions de genre, de race, de classe dans une ère postcoloniale, l’auteure entend faire la lumière sur l’histoire mutilée de ces femmes, héritée d’un système esclavagiste, colonialiste et capitaliste encore largement ignoré aujourd’hui.

Toutes à y gagner

Ce livre est à la fois un cadeau, une mémoire et une promesse.
Un cadeau d’abord, parce qu’il fête les vingt ans des Journées intersyndicales femmes. À l’initiative de l’intersyndicale Femmes qui regroupe des militantes de la Confédération générale du travail (CGT), de la Fédération syndicale unitaire (FSU, principal syndicat enseignant) et de l’Union syndicale Solidaires, tous les ans depuis 1997 se réunissent au mois de mars entre 300 et 400 personnes, venues du monde entier, issues du monde de la recherche et du militantisme syndical, associatif, politique.
L’ouvrage reprend ce long travail commun qui au quotidien place au premier plan la question des droits des femmes : un heureux mélange d’analyses « universitaires », de témoignages et de réflexions de syndicalistes, d’ici ou d’ailleurs.
Une mémoire, car ce livre permet de revenir sur vingt ans de combats féministes, de luttes difficiles et de batailles gagnées. Avec ses 65 contributions retenues, l’ouvrage éclaire tous les champs du réel : le travail, le corps, la politique, le langage… 66 contributions qui permettent de mesurer, dans certains cas, le chemin parcouru, les avancées obtenues. Dans d’autres, la comparaison entre les textes de 1998 et celles de 2015 par exemple soulignent une stagnation, voire des régressions.
Le parti pris de l’ouvrage est de partir des inégalités vécues par les femmes sur les lieux de travail, en les reliant aux inégalités existantes dans tous les domaines de la vie sociale et personnelle des femmes. Il s’agit bien de voir comment la domination patriarcale s’exerce sur des vies entières et comment l’engagement syndical peut relier inégalités sociales et inégalités de genre.

Pour un féminisme de la totalité

Le féminisme fait souvent office de faire-valoir à tous les programmes, émancipateurs ou non. Du côté du bloc au pouvoir, les « droits des femmes » sont devenus un argument du maintien de l’ordre, des lois islamophobes à la politique d’incarcération des non-Blancs. Parmi les progressistes, le féminisme est une lutte parmi d’autres, qu’on cite volontiers entre l’antilibéralisme et la défense de l’environnement. À l’inverse, ce livre propose de donner toute sa portée au féminisme, de restaurer sa vocation révolutionnaire, de clarifier sa contribution à tout projet de bouleversement de l’ordre des choses. En quoi transformer la famille, la sexualité, l’organisation de la reproduction sociale et biologique, le travail domestique ou encore le travail affectif implique-t-il de révolutionner la vie quotidienne, la santé, la culture, le travail salarié, le logement, la vie collective, les allocations sociales ? Comment les apports du féminisme noir permettent-ils de repenser le dépérissement de l’État ?
Ce recueil, regroupant des textes fondateurs du féminisme marxiste et des articles plus contemporains, est un manuel à l’usage de celles et ceux qui ne se satisfont pas de transformations partielles, mais qui entendent changer le système dans sa totalité.

Ne crois pas avoir de droits

« Il faut se trouver à l’origine de sa propre liberté pour en avoir une possession sûre, qui ne signifie pas une jouissance garantie mais la certitude de savoir la reproduire même dans des conditions moins favorables. Sexualiser l’ensemble des rapports sociaux jusqu’à leurs fondements a pour objectif de porter les femmes jusqu’à l’origine de leur liberté, avant les bouts de papier qui s’appellent lois ou constitutions, avant le mode sur lequel s’organise la production matérielle ou la recherche scientifique qui maintenant me donnent une bouteille de lait, puis une pilule, puis je ne sais quoi, avant les conventions sociales qui commandent aux hommes de respecter l’autre sexe. Avant, c’est-à-dire au niveau où la différence sexuelle reçoit sa première interprétation. « La liberté, en effet, est le seul moyen pour arriver à la liberté. »»

 

Genre et Discriminations

Le développement simultané des études sur le genre et des recherches sur les discriminations amène à interroger la définition même de ces termes et leur imbrication. Si le genre est une catégorie d’analyse visant à dénaturaliser les différences de sexe et les rapports de domination qui les consacrent, la notion de discrimination qualifie tout traitement préjudiciable fondé sur un critère illégitime ­– le sexe, par exemple, ou l’âge, la classe, l’origine ethnique. Issu d’un colloque organisé en juin 2013 à l’Université Paris-Diderot, l’ouvrage rassemble des contributions qui, en croisant ces deux approches, ouvrent des pistes nouvelles à la lutte contre les exclusions et les inégalités.