Étiqueté : antifascisme

La possibilité du fascisme

Mouvement réactionnaire de masse contre l’égalité des droits ; migrants enlevés, tabassés et laissés pour mort par des milices à Calais ; large diffusion de thèses réactionnaires, xénophobes et islamophobes ; intensification du quadrillage répressif des quartiers populaires et violences policières impunies ; manifestations interdites et criminalisation croissante de toute contestation ; scores inégalés du Front national à toutes les élections depuis 2012. Sous des formes disparates et encore embryonnaires, mais dont la seule énumération dit le pourrissement actuel de la politique, c’est le fascisme qui fait retour.
Et celui-ci s’annonce non comme une hypothèse abstraite mais comme une possibilité concrète. Pourtant, la possibilité du fascisme est généralement balayée d’un revers de main par les commentateurs : comment la République française, patrie autoproclamée des droits de l’homme, pourrait-elle engendrer le monstre fasciste ? La France ne s’est-elle pas montrée « allergique » au fascisme tout au long du XXe siècle, comme le prétendent certains historiens français ? Le Front national n’a-t-il pas renoncé au projet ultranationaliste, raciste et autoritaire qui le caractérisait depuis sa création ? N’assiste-t-on pas au renouveau du capitalisme français sous les auspices d’un jeune président réalisant enfin les « réformes » prétendument nécessaires ?
C’est à démonter ces fausses évidences que s’attache ce livre, scrutant ainsi la trajectoire d’un désastre possible, enraciné dans la triple offensive – néolibérale, autoritaire et raciste – dont Emmanuel Macron est la parfaite incarnation, mais un désastre résistible, pour peu que le danger soit reconnu à temps et qu’émerge un nouvel antifascisme, capable de mener de front le combat contre l’extrême droite et celui contre les politiques destructrices qui favorisent son ascension.

Présentation du livre « Faire front » avec Laurent Lévy

Introduction de Laurent Lévy

Le 12 février 1934, une foule immense descend le cours de Vincennes en direction de la place de la Nation, drapeaux rouges déployés au milieu d’une clameur unanime : « À bas le fascisme ! » C’est le point d’orgue de la formidable réplique ouvrière au coup de force des ligues d’extrême droite du 6 février qui fit vaciller la IIIeRépublique. Marc Bernard, jeune « écrivain prolétarien », est témoin de ces événements. Rassemblant coupures de presse, tracts et témoignages, il décrit avec enthousiasme le déroulement de ces journées de grèves et de manifestations à Paris, dans la ceinture rouge et les grandes villes industrielles. Communiste de cœur plus que d’appareil, il y perçoit surtout l’élan unitaire spontané des ouvriers et leur détermination dans le combat antifasciste qui annoncent l’effervescence du Front Populaire.

Les extrêmes droites en France

Le mouvement lepéniste reste un phénomène politique sur lequel de nombreux commentateurs se perdent en conjectures embrouillées.
Réexaminer l’histoire des extrêmes droites est donc essentiel pour éclaircir les racines politiques du lepénisme.
Des lendemains de la Libération à nos jours, les extrêmes droites ont parcouru un long chemin avant de s’inscrire durablement dans le paysage politique français.
L’extrême droite n’est ni unique ni homogène, pas plus qu’elle n’est une droite qui surenchérit sur les valeurs de la droite classique.
Catholiques intégristes, païens, antisémites, monarchistes, anciens collabos, activistes de l’Algérie française, terroristes de l’OAS, anticommunistes forcenés, racistes biologiques, partisans de l’apartheid, ultralibéraux, social-nationalistes et bien d’autres encore se croisent, s’entrechoquent et cohabitent.
Jean-Paul Gautier scande en trois périodes l’histoire des extrêmes droites depuis l’après-guerre :
1. de 1945 à la guerre d’Algérie, les chemins du redressement (1945-1968) ;
2. la reconstruction idéologique et l’activisme violent (1969-1974) ;
3. l’unification partielle des extrê­mes droites avec la construction et la montée du Front national (1974 à nos jours).

L’illusion nationale

Pendant deux ans, les auteurs ont enquêté dans trois villes dirigées par le Front national : Hayange, Beaucaire et Hénin-Beaumont.
Partis à la rencontre des élus et de la population, ils les ont écoutés, entendus et photographiés. Le résultat est inédit : un reportage en forme de roman-photo. Sauf que rien n’est inventé. Chaque propos a été enregistré, retranscrit à la virgule près. Les photos saisissent des scènes quotidiennes — des échanges entre une mère et sa fille, entre une épouse et son mari, un maire et son conseiller — et restituent une France que l’on ne voit pas.