« Le flic est arrivé et il a braqué son gros calibre sur ma tête. Il a dû hésiter : “Je le tue, maintenant ?” »
Erick Santiago Lopez, 22 ans, étudiant en deuxième année.

Rendez-les-nous vivants

« Le flic est arrivé et il a braqué son gros calibre sur ma tête. Il a dû hésiter : “Je le tue, maintenant ?” »
Erick Santiago Lopez, 22 ans, étudiant en deuxième année.

Misère de la politique

« La “démocratie directe” est une fausse bonne idée. Elle partage avec sa grande sœur la démocratie tout court le fétichisme de la forme. Elle pense que la manière d’organiser une discussion collective préexiste à la discussion elle-même, et que cette méthode est valable partout, en tout temps, et pour tous types de propos.

Petrograd rouge-la révolution dans les usines

Ce classique de l’universitaire anglais Steven A. Smith (publié en 1983) s’intéresse à ces acteurs paradoxalement méconnus de la révolution russe – les ouvriers – à travers l’action des comités créés spontanément dans leurs usines, d’abord pour contrer le sabotage des patrons, puis pour contrôler la production. L’auteur décrit dans le détail, et sans parti pris, les conditions spécifiques du salariat russe, les avancées permises par la Révolution de février, mais aussi les difficultés de la période, le chômage massif, les déplacements d’entreprises, et le choix final opéré par les bolchéviques de subordonner les comités d’usine aux syndicats –  entraînant leur disparition, et avec eux les espoirs mis par certains dans l’autogestion ouvrière.

Sandokan

Premier roman à déchi­rer le voile d’indif­fé­rence et d’omertà qui couvre le crime orga­nisé du sud de l’Italie, Sandokan confirme le cou­rage avec lequel Nanni Balestrini fait de la lit­té­ra­ture un puis­sant ins­tru­ment d’explo­ra­tion de la réa­lité et de dénon­cia­tion. Deux ans avant le célè­bre Gomorra de Roberto Saviano, ce roman de Balestrini met à jour les liens pro­fonds entre la Camorra et les milieux poli­ti­ques, entre l’économie sou­ter­raine et l’économie offi­cielle et montre com­ment les rami­fi­ca­tions inter­na­tio­na­les de la Camorra s’étendent de la ges­tion agri­cole à la drogue, du com­merce des armes à celui des déchets. Un sys­tème gou­verné uni­que­ment par la logi­que du profit, dans des vil­la­ges-bun­kers meur­tris par la vio­lence quo­ti­dienne, les crimes impu­nis, la lutte san­glante entre bandes, que l’on décou­vre par le flux de paro­les irré­pres­si­ble et lucide qui jaillit de l’expé­rience vécue d’un jeune méri­dio­nal ayant refusé toute accoin­tance avec ces milieux.

Le ventre des femmes

Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine.
Comment expliquer de telles disparités ?
Partant du cas emblématique de La Réunion où, en juin 1970, des milliers d’avortements et de stérilisations sans consentement pratiqués par des médecins blancs sont rendus publics, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l’État français prône le contrôle des naissances et l’organisation de l’émigration ; une politique qui le conduit à reconfigurer à plusieurs reprises l’espace de la République, provoquant un repli progressif sur l’Hexagone au détriment des outre-mer, où les abus se multiplient.
Françoise Vergès s’interroge sur les causes et les conséquences de ces reconfigurations et sur la marginalisation de la question raciale et coloniale par les mouvements féministes actifs en métropole, en particulier le MLF. En s’appuyant sur les notions de genre, de race, de classe dans une ère postcoloniale, l’auteure entend faire la lumière sur l’histoire mutilée de ces femmes, héritée d’un système esclavagiste, colonialiste et capitaliste encore largement ignoré aujourd’hui.