Dans l’actualité récente, en «réponse» aux phénomènes migratoires du moment, certains brandissent l’étendard des racines chrétiennes de la France.

Le ventre des femmes

Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine.
Comment expliquer de telles disparités ?
Partant du cas emblématique de La Réunion où, en juin 1970, des milliers d’avortements et de stérilisations sans consentement pratiqués par des médecins blancs sont rendus publics, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l’État français prône le contrôle des naissances et l’organisation de l’émigration ; une politique qui le conduit à reconfigurer à plusieurs reprises l’espace de la République, provoquant un repli progressif sur l’Hexagone au détriment des outre-mer, où les abus se multiplient.
Françoise Vergès s’interroge sur les causes et les conséquences de ces reconfigurations et sur la marginalisation de la question raciale et coloniale par les mouvements féministes actifs en métropole, en particulier le MLF. En s’appuyant sur les notions de genre, de race, de classe dans une ère postcoloniale, l’auteure entend faire la lumière sur l’histoire mutilée de ces femmes, héritée d’un système esclavagiste, colonialiste et capitaliste encore largement ignoré aujourd’hui.

Kinshasa jusqu’au cou

Sa route est toute tracée : études de mathématiques dans la prestigieuse université américaine Yale et offre d’emploi chez Goldman Sachs. Un chemin balisé que le jeune Anjan Sundaram décide de quitter en 2005. Il abandonne tout pour plonger dans l’inconnu et prend un aller simple pour la République démocratique du Congo. Il sera désormais reporter. Ou, plutôt, essaiera de le devenir. Car derrière le romantisme de la vie d’aventures, Anjan Sundaram découvre une réalité hostile. De déconvenues en rebondissements, l’apprenti journaliste doit apprendre à survivre dans la jungle urbaine de Kinshasa. Malgré l’euphorie de l’élection présidentielle de 2006 – premières élections libres et démocratiques depuis quarante ans –, la chaleur paralysante est à l’image d’un pays qui suffoque.

Toutes à y gagner

Ce livre est à la fois un cadeau, une mémoire et une promesse.
Un cadeau d’abord, parce qu’il fête les vingt ans des Journées intersyndicales femmes. À l’initiative de l’intersyndicale Femmes qui regroupe des militantes de la Confédération générale du travail (CGT), de la Fédération syndicale unitaire (FSU, principal syndicat enseignant) et de l’Union syndicale Solidaires, tous les ans depuis 1997 se réunissent au mois de mars entre 300 et 400 personnes, venues du monde entier, issues du monde de la recherche et du militantisme syndical, associatif, politique.
L’ouvrage reprend ce long travail commun qui au quotidien place au premier plan la question des droits des femmes : un heureux mélange d’analyses « universitaires », de témoignages et de réflexions de syndicalistes, d’ici ou d’ailleurs.
Une mémoire, car ce livre permet de revenir sur vingt ans de combats féministes, de luttes difficiles et de batailles gagnées. Avec ses 65 contributions retenues, l’ouvrage éclaire tous les champs du réel : le travail, le corps, la politique, le langage… 66 contributions qui permettent de mesurer, dans certains cas, le chemin parcouru, les avancées obtenues. Dans d’autres, la comparaison entre les textes de 1998 et celles de 2015 par exemple soulignent une stagnation, voire des régressions.
Le parti pris de l’ouvrage est de partir des inégalités vécues par les femmes sur les lieux de travail, en les reliant aux inégalités existantes dans tous les domaines de la vie sociale et personnelle des femmes. Il s’agit bien de voir comment la domination patriarcale s’exerce sur des vies entières et comment l’engagement syndical peut relier inégalités sociales et inégalités de genre.

Les extrêmes droites en France

Le mouvement lepéniste reste un phénomène politique sur lequel de nombreux commentateurs se perdent en conjectures embrouillées.
Réexaminer l’histoire des extrêmes droites est donc essentiel pour éclaircir les racines politiques du lepénisme.
Des lendemains de la Libération à nos jours, les extrêmes droites ont parcouru un long chemin avant de s’inscrire durablement dans le paysage politique français.
L’extrême droite n’est ni unique ni homogène, pas plus qu’elle n’est une droite qui surenchérit sur les valeurs de la droite classique.
Catholiques intégristes, païens, antisémites, monarchistes, anciens collabos, activistes de l’Algérie française, terroristes de l’OAS, anticommunistes forcenés, racistes biologiques, partisans de l’apartheid, ultralibéraux, social-nationalistes et bien d’autres encore se croisent, s’entrechoquent et cohabitent.
Jean-Paul Gautier scande en trois périodes l’histoire des extrêmes droites depuis l’après-guerre :
1. de 1945 à la guerre d’Algérie, les chemins du redressement (1945-1968) ;
2. la reconstruction idéologique et l’activisme violent (1969-1974) ;
3. l’unification partielle des extrê­mes droites avec la construction et la montée du Front national (1974 à nos jours).