Catégorie : Octobre 2014

Les luttes des putes

Pénaliser, abolir, verbaliser, réprimer : tel est le bruit de fond commun aux discours sur « les putes », qu’ils émanent de députés, de féministes ou de maniaques de l’ordre moral et urbain. À contre-courant, ce livre défend l’idée de travail du sexe, idée scandaleuse entre toutes car elle implique une alliance entre le combat féministe, le combat ouvrier et celui des pauvres et des exclus. Se fondant sur son savoir historique et sur son expérience personnelle, Schaffauser dénonce les violences, décrypte les sollicitudes hypocrites et raconte l’histoire des luttes, en particulier la création du STRASS (Syndicat du travail sexuel), et ses rapports souvent conflictuels avec une « extrême gauche » confite dans la vertu.
Un livre décapant et éclairant sur un sujet qu’il n’est plus possible d’éviter aujourd’hui.

Un monde de camps

Les camps se multiplient et se banalisent partout sur la planète. Ils sont aujourd’hui des milliers, dessinant peu à peu un nouveau paysage mondial. Gouvernements nationaux et agences internationales adoptent de plus en plus systématiquement cette solution pour « regrouper » les réfugiés humanitaires, pour « parquer », faire « transiter », « retenir » ou mettre à l’écart les « déplacés » et les migrants, les « clandestins » et autres indésirables.
Douze millions de personnes vivent ainsi dans ces camps, des millions d’autres dans des campements de fortune, au creux des forêts, dans les interstices des villes, le long des frontières ; d’autres encore sont piégées dans des centres de rétention, des zones d’attente ou de transit. Si ces « hors-lieux » sont des espaces de parias, nombre d’entre eux s’inscrivent dans la durée et se transforment au fil du temps : la vie s’y renouvelle, s’y attache, et l’emporte le plus souvent sur la mort ou le dépérissement.
En vingt-cinq monographies qui forment une sorte de tour du monde des camps (du plus ancien, à Chatila au Liban, au plus grand, à Dadaab au Kenya, qui regroupe 450 000 habitants, en passant par le plus informel, à Canaan en Haïti, ou le plus précaire, à Calais), cet ouvrage fait découvrir la vie intime et quotidienne de leurs habitants. Loin d’être l’« exception » que l’on évoque généralement dans un cadre humanitaire ou sécuritaire pour en justifier l’existence, les camps font durablement partie des espaces et des sociétés qui composent le monde aujourd’hui.

Africa Unite !

Sommes-nous africains ? Qu’est-ce que l’Afrique ? De cette double interrogation, née au XVIIIe siècle dans la diaspora africaine déportée aux Amériques, a émergé un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel qui a pris le nom de panafricanisme au tournant du XXe siècle. Ce mouvement a constitué, pour les Africains des deux rives de l’Atlantique, un espace privilégié de rencontres et de mobilisations.
De la révolution haïtienne de 1791 à l’élection du premier président noir des États-Unis en 2008 en passant par les indépendances des États africains, Amzat Boukari-Yabara retrace, dans cette ambitieuse fresque historique, l’itinéraire singulier de ces personnalités qui, à l’image de W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore, C.L.R. James, Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, ont mis leur vie au service de la libération de l’Afrique et de l’émancipation des Noirs à travers le monde. Mêlant les voix de ces acteurs de premier plan, bientôt rejoints par quantité d’artistes, d’écrivains et de musiciens, comme Bob Marley ou Miriam Makeba, la polyphonie panafricaine s’est mise à résonner aux quatre coins du « monde noir », de New York à Monrovia, de Londres à Accra, de Kingston à Addis-Abeba.
Les mots d’ordre popularisés par les militants panafricains n’ont pas tous porté les fruits espérés. Mais, à l’heure où l’Afrique est confrontée à de nouveaux défis, le panafricanisme reste un chantier d’avenir, insiste Amzat Boukari-Yabara. Tôt ou tard, les Africains briseront les frontières géographiques et mentales qui brident encore leur liberté.

1914 Repenser le nationalisme et la guerre

Repenser le nationalisme et la guerre est une priorité : annexion de la Crimée… conflit Chine-Japon… Mali, Syrie, Gaza… indépendance de l’Ecosse et de la Catalogne… Bonnets rouges… priorité aux français et retour au franc pour le FN. Face à cet engrenage, Lénine apporte une méthode marxiste d’analyse concrète des événements et une vision politique dialectique, originale et créative. Sous le choc de la guerre et de la trahison des dirigeants socialistes qui soutiennent leurs gouvernements respectifs, Lénine se plonge en août 1914 dans la lecture de La science de la logique de Hegel. Confronté à la guerre (thèse) et aux pacifistes (antithèse), Lénine formule une idée politique entièrement neuve (dépassement de la contradiction) : la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire. Plus isolé que jamais mais ferme sur ses positions, il lutte contre le courant de haine nationaliste, s’attaque au taylorisme, à l’antisémitisme et défend la démocratie, la journée de 6 heures, les ouvriers agricoles et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Lénine apporte sans cesse des réponses nouvelles et originales à la question centrale : que faire maintenant ?

Islam et capitalisme

Pourquoi le capitalisme s’est-il développé tardivement dans le monde musulman ? Ce fait historique a engendré le préjugé que l’islam serait un frein au développement du capitalisme. Cette idée ne résiste pas à l’analyse du mode de production antérieur et de la transition au capitalisme dans les pays arabes. Un deuxième préjugé, répandu chez les musulmans, est que l’islam serait égalitaire. L’analyse historique et sociologique de Rodinson montre qu’il n’en est rien et permet de comprendre l’illusion et l’échec du nationalisme arabe à la recherche d’une introuvable « voie musulmane au socialisme ». Cet échec politique n’a pas remis en cause le préjugé mais favorisé le succès de la recherche d’une toute aussi introuvable « voie musulmane au capitalisme » portée par les Frères musulmans et les monarchies du Golfe. En analysant dans quelle mesure le capitalisme s’est développé en pays d’islam par un processus interne ou par l’imitation de l’Occident, l’auteur montre simultanément l’importance des idées de Mahomet et le rôle relativement neutre qu’elles jouent pour les forces sociales en jeu et l’évolution du mode de production capitaliste.

Les imposteurs de l’économie

Dans la tourmente de la crise économique grave qui secoue la planète, les économistes exercent un formidable magistère. Journaux, télévisions, gouvernements : oracles respectés d’un univers au bord du chaos, tout le monde les consulte. Pour comprendre les causes de la catastrophe. Pour trouver des remèdes. En France, ils sont ainsi une petite vingtaine à disposer d’un quasi monopole d’expression dans le débat public. Et à la veille de l’élection présidentielle de 2012, gauche et droite se les disputent pour donner du crédit à leurs projets. Mais qui a eu l’idée d’expertiser… ces experts ? Car en vérité, le petit microcosme des économistes français, s’il recèle de grands talents, souvent modestes et peu connus du grand public, comprend aussi des charlatans ou des imposteurs. C’est ce qu’établit ce livre, qui recense les invraisemblables bourdes commises par quelques uns de ces économistes de renom. Et aussi les formidables conflits d’intérêt dont certains d’entre eux se rendent coupables et qui jettent la suspicion sur l’honnêteté ou l’indépendance de leurs diagnostics et recommandations. Ils prétendent détenir les clefs d’une science qui explique la misère du monde. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que trop souvent, ils en vivent, de ce système qui est devenu fou. Et ils en vivent même très bien. C’est aussi l’objet de cette enquête : lever le voile sur le petit business, pas toujours glorieux, des grands économistes.